J'aurais dû t'appeler hier.

Le conditionnel passé sert le plus souvent à revenir sur quelque chose qui ne s'est pas produit, ou à rapporter un fait passé dont on ne se porte pas tout à fait garant. Mais, comme on le verra plus loin, il a aussi un emploi tout ordinaire, non hypothétique, dans le discours indirect. Il reprend le conditionnel présent déjà connu, avec juste l'auxiliaire poussé un cran plus loin pour ajouter le participe passé.

En bref : conditionnel présent d'avoir ou d'être plus le participe passé.

Comment il se forme

L'auxiliaire (avoir ou être) se met au conditionnel présent, suivi du participe passé — le même participe que celui déjà utilisé au passé composé et au plus-que-parfait.

parler (avoir) aller (être)
je/j' j'aurais parlé je serais allé(e)
tu tu aurais parlé tu serais allé(e)
il/elle/on il aurait parlé elle serait allée
nous nous aurions parlé nous serions allé(e)s
vous vous auriez parlé vous seriez allé(e)(s)
ils/elles ils auraient parlé elles seraient allées

Les règles déjà connues du passé composé et du plus-que-parfait s'appliquent ici aussi :

  • Quel auxiliaire ? Chaque verbe prend le même auxiliaire que d'habitude — un petit groupe de verbes (surtout de mouvement ou de changement d'état) ainsi que tous les verbes pronominaux utilisent être ; la plupart des autres utilisent avoir.
  • Accord avec être : le participe s'accorde avec le sujet — elle serait partie, ils seraient partis.
  • Accord avec avoir : le participe ne change normalement pas (elle aurait mangé), mais s'accorde avec un complément d'objet direct placé avant le verbe, quand il y en a un.

Les verbes pronominaux prennent eux aussi être, mais l'accord n'y est pas automatique — il dépend du rôle du pronom se. Quand se est complément d'objet direct, le participe s'accorde avec lui, comme dans tu te serais reposé(e) ou ils se seraient rencontrés. Mais quand la phrase a déjà son propre complément d'objet direct, se devient complément d'objet indirect et le participe reste invariable : elle se serait lavé les mains, et non lavée.

L'anglais utilise là aussi un auxiliaire modal invariable — would have / should have / could have — suivi du participe passé (I would have called, you should have told me) : la modalité et le verbe restent deux mots séparés, sans conjugaison. En français, tout se concentre dans une seule forme conjuguée du conditionnel passé, dont le sens précis (regret, reproche, information non confirmée...) dépend surtout du contexte.

Regret et reproche

L'emploi le plus courant au quotidien : revenir sur quelque chose en regrettant que ça se soit passé autrement — que ce soit à propos de soi-même (regret) ou de quelqu'un d'autre (reproche).

  • J'aurais dû l'écouter.
  • Tu aurais pu me le dire !
  • Il n'aurait pas fallu partir si tôt.
  • Vous auriez dû réserver à l'avance.

À comparer avec le simple devrais/devriez — le conditionnel présent de devoir donne un conseil pour le présent (« tu devrais te reposer »), tandis que aurais dû revient sur une occasion manquée déjà passée (« tu aurais dû te reposer » — et tu ne l'as pas fait).

Information non confirmée sur le passé

La presse et le journalisme utilisent le conditionnel passé pour rapporter un fait passé dont le locuteur ne se porte pas pleinement garant — la source est une allégation, une rumeur ou une enquête en cours, pas un fait confirmé :

  • Le suspect aurait pris la fuite avant l'arrivée de la police.
  • Selon des témoins, l'accident se serait produit vers minuit.

Cet emploi reste largement cantonné à la presse écrite et formelle — ce n'est pas quelque chose qu'on utilise dans une conversation courante.

Le schéma « si j'avais su... »

Le conditionnel passé complète aussi la phrase classique « si j'avais su, je serais... », en s'associant à une proposition en si au plus-que-parfait :

Si j'avais su, je serais venu(e) plus tôt.

Dans ce schéma, la proposition en si se met au plus-que-parfait, jamais au conditionnel — de la même façon qu'une proposition en si + imparfait ne prend jamais le conditionnel présent dans le schéma déjà connu. Cette association précise — parler d'un passé imaginaire qui ne s'est pas produit — a son propre ensemble de règles complet, traité dans une leçon dédiée aux propositions en si avec le plus-que-parfait ; ici, il suffit de reconnaître le conditionnel passé dans son rôle habituel de proposition principale.

Dans le discours indirect : un simple décalage de temps, pas un regret

Le discours indirect fait reculer un futur simple vers le conditionnel présent dès que le verbe introducteur est au passé (Il a dit qu'il viendrait). Le même décalage s'applique au futur antérieur : il devient le conditionnel passé, sans la moindre trace de regret ou de doute — juste un futur dans le passé qui devait déjà être terminé à un moment donné.

Elle a dit : « J'aurai fini avant midi. »Elle a dit qu'elle aurait fini avant midi.

Le conditionnel passé y joue le même rôle que n'importe quel temps décalé dans le discours indirect — rien dans la déclaration d'origine n'avait d'hypothétique ou d'incertain.

Erreurs courantes

  • J'aurais du appeler. → ✅ J'aurais dû appeler. (l'accent circonflexe sur n'est pas facultatif — il distingue le participe passé de devoir de l'article partitif du)
  • Elle aurait allée au marché. → ✅ Elle serait allée au marché. (aller prend être, pas avoir)
  • Elle serait allé au marché. → ✅ Elle serait allée au marché. (avec être, le participe s'accorde avec le sujet — ici féminin)
  • Je devrais l'écouter hier. → ✅ J'aurais dû l'écouter hier. (le conditionnel présent de devoir donne un conseil pour le présent ; il ne peut pas décrire une obligation déjà manquée à un moment précis du passé comme hier — il faut alors le conditionnel passé)

Vérifiez vos connaissances

Mettez le verbe entre parenthèses au conditionnel passé.

  1. Tu (devoir) ____ me prévenir.
  2. Nous (vouloir) ____ venir, mais nous étions malades.
  3. Selon la police, les voleurs (partir) ____ par la fenêtre.
  4. Si elle avait su, elle (rester) ____ chez elle.
Afficher les réponses
  1. tu aurais dû me prévenir   2. nous aurions voulu venir   3. les voleurs seraient partis par la fenêtre   4. elle serait restée chez elle

À retenir

  • Conditionnel passé = conditionnel présent d'avoir ou d'être + participe passé — construit comme le plus-que-parfait, avec le conditionnel présent au lieu de l'imparfait.
  • Son emploi quotidien est le regret et le reproche : j'aurais dû, tu aurais pu, à la différence du simple devrais/pourrais pour un conseil au présent.
  • La presse formelle l'utilise pour une information passée non confirmée — une allégation dont le locuteur ne se porte pas pleinement garant (le suspect aurait fui).
  • Il complète le schéma « si j'avais su, je serais... », associé à une proposition en si au plus-que-parfait.
  • Dans le discours indirect, c'est aussi un simple décalage du futur antérieur — sans regret ni doute, juste un futur dans le passé déjà censé être terminé.
  • Le choix de l'auxiliaire et l'accord suivent les mêmes règles qu'au passé composé et au plus-que-parfait, y compris la règle particulière des verbes pronominaux.